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Ngand'a Kwa est une figure emblématique de l’histoire des Duala et du Cameroun. Il est le fondateur de la dynastie Akwa et a marqué l’organisation politique des Duala au XIXe siècle. Son leadership, ses relations avec les Européens et son influence sur le commerce et la culture ont laissé une empreinte indélébile.

Le peuple Duala est une ethnie camerounaise dont l'organisation politique et sociale reposait sur la parenté. Tous les Duala se revendiquaient d'un ancêtre commun, "Ewal' a Mbedi" (Ewale, fils de Mbedi), d'où dérive le nom "Duala". Jusqu'en 1810, ils étaient gouvernés par un chef unique issu du lignage Bell, connu sous le nom de King Bell.
Cependant, en 1814, une scission importante s'opéra lorsque Ngand'a Kwa réussit à s'émanciper du pouvoir Bell affaibli et porta à son tour le titre de "King". Cette segmentation marqua définitivement la structure politique duala, créant ainsi deux lignages principaux : Bell et Akwa. Ngand'a Kwa devint ainsi le fondateur de la dynastie Akwa et un acteur clé de l'histoire politique du Cameroun.
Une fragile unité politique des Duala stricto sensu, c’est-à-dire descendants des ancêtres EWALE et BOJONGO’a MBEDI, s’était construite vers le milieu du XVIIIe siècle autour du Patriarche DOO la MAKONGO de la branche « NJO’ a MASE m’EWALE ». Il avait hérité de la fusion des familles Bassa du plateau qui portera plus tard son nom et avait été baptisé « King George » par les capitaines négriers anglais. Ces derniers lui assignaient donc les fonctions d’une puissance politique chargée de garantir l’ordre et la sécurité. Devenant un des principaux interlocuteurs politiques du clan face aux traitants européens, « King George » transformé en « King Joss » par les autochtones disposait d’un revenu régulier qu’il pouvait redistribuer parmi les aînés sociaux et consolider son leadership.
Les quatre autres personnalités influentes de cette époque étaient le chef KWAN EWONDE, surnommé « Peter Quan » par les négriers anglais ; le prince ANGWA de son vrai nom MUANGE ma KU, fondateur de la dynastie Angwa de Bonaku ; le chef MBIMB’a MBELA alias « King Mercer », fondateur de la principauté de « Bimbia » chez les Isubu, et son fils NGOMBE la MBIMB’a MBELA alias « Mbimbe Jack ».
À la mort du « King Joss » en 1792, la bataille de succession opposa son fils aîné NJOH a DOO, appelé « Prince Joss » ou « Priso », à son frère cadet BELE ba DOO, anglicisé en « Bell ». L’arbitrage des capitaines de navires anglais en faveur de BELE ba DOO entraîna une scission et la naissance en 1795 de la dynastie Bell.
En 1795 également, NGAND’a KWA, fils de MULOBE et chef de la branche « MULOBE m’EWALE », émergea comme une figure influente après la mort du chef Peter Quan. En 1801, il contraignit King BELE ba DOO au partage du pouvoir, mettant fin au monopole politique des Bell et instaurant une dyarchie politique entre Bell-Town et Akwa-Town.
Lorsque la Grande-Bretagne déclara la traite des Noirs illégale en 1807, elle initia une guerre contre les trafiquants et modifia profondément les relations commerciales. Les chefs côtiers, devenus interlocuteurs privilégiés de la Royal Navy, participèrent activement à l’abolition de l’esclavage transatlantique.
La société secrète « Mungui », police politique des Duala, fut mise à contribution par Kings NGAND’a KWA et BELE ba DOO pour signaler aux croiseurs britanniques la présence de bateaux négriers. Les ports de « Freetown » en Sierra Leone et « Clarence » à Fernando-Po servirent de bases anti-esclavagistes à la Royal Navy.
Ngand'a Kwa accéda à la chefferie des Bonakou en 1801, puis progressivement il consolida le royaume « Akwa » et unifia toute la descendance de Ngiy'a Moulobe, issue de ses fils Kwane (Bonewonda, Bonadibong), Mutie (Bonamutie, Bonabwanja, Bonabeyike) et Mapoka (les Bonaku), sous l’appelation Bonambela, denomination du canton Akwa en langue Duala.
Il reçut le titre de "King Akwa" de la part d'un commandant de la Royal Navy représentant le roi George III. Ce titre confirmait sa reconnaissance en tant qu'autorité indépendante vis-à-vis des Bell. Sous son règne, il a oeuvré pour l'émergence une assemblée traditionnelle servant d'organe de régulation et d'unification pour les Duala.
Dès le début du XIXᵉ siècle, les Duala étaient engagés dans le commerce avec les Européens, notamment l'échange de l'huile de palme et de l'ivoire contre des armes à feu, de la poudre et divers objets manufacturés. Ils comprirent très tôt l'importance stratégique de leur emplacement sur le fleuve Wouri, ce qui les incita à étendre leur influence économique vers l'Hinterland. Ils y développèrent de vastes plantations, notamment dans le Nkam, le Mungo, la Sanaga-Maritime et le Sud-Ouest.
L'accueil des missions chrétiennes par Ngand'a Kwa marqua un tournant décisif, ouvrant la voie à une transformation profonde de la société duala. Cette ouverture stratégique eut un double impact : elle facilita l'implantation de nouvelles institutions religieuses et éducatives, mais engendra aussi des bouleversements sociaux et des rivalités qui reconfigurèrent durablement le paysage local à l'aube de la période coloniale.
En 1845, Ngand'a Kwa accueillit Alfred Saker, missionnaire baptiste britannique, dans sa cour. Il lui offrit un terrain pour construire la première église camerounaise, baptisée "Bethel". Saker joua un rôle crucial dans l'introduction du christianisme au Cameroun. Il traduisit la Bible en langue duala et fonda la ville de Victoria (aujourd'hui Limbé) en 1858.
L'arrivée des missionnaires bouleversa progressivement l'organisation sociale duala. Bien que Ngand'a Kwa ait permis leur installation, la concurrence entre les différentes missions chrétiennes et les rivalités coloniales modifièrent l'équilibre du pouvoir local. En 1884, le Cameroun passa sous protectorat allemand, et l'influence des missionnaires protestants fut contestée par l'arrivée des catholiques Pallotins.
Ngand'a Kwa mourut en juillet 1846. Avant son décès, il laissa un testament confié à Alfred Saker, désignant son fils aîné, Dikongue, comme successeur.
L'héritage de Ngand'a Kwa perdure à travers la dynastie Akwa et l'organisation politique des Duala. Sa volonté de structurer le pouvoir et son ouverture d’esprit ont laissé une empreinte indélébile sur l'histoire du Cameroun. Aujourd'hui encore, les institutions qu'il a contribué à créer, telles que le Ngondo, restent des symboles forts de la culture et de l'identité Duala.
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